Créer autrement : Écoscéno accompagne le Cirque du Soleil dans une démarche d’écoconception pour Paradis Perdus
Quand l’audace artistique ouvre la voie à une création respectueuse des ressources.


À gauche : Adrien Guillet, Caroline Duhaime, Marisa Dueñez, Marianne Lavoie, Julie Fournier, Anne-Catherine Lebeau.
À droite : Julie Fournier et Margot Lallemand. Photos © Écoscéno
Créer autrement, c’est aussi repenser la façon dont les œuvres prennent vie. Pour Paradis Perdus, le spectacle hommage à Jean Leloup présenté cet été à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières, le Cirque du Soleil a choisi d’intégrer l’écoconception au cœur de son processus de création avec l’accompagnement de Julie Fournier d’Écoscéno.
Mise en scène par Marie-Ève Milot et scénographiée par Geneviève Lizotte, cette production célèbre l’univers singulier d’un artiste qui n’a jamais cessé de repousser les frontières de la création. Cette même audace se retrouve également dans les choix de conception du spectacle, où les équipes ont intégré une approche plus circulaire des ressources.
Intégrer la circularité au processus de création

Margot Lallemand. Radio-Canada © Perrine Bullant
Revisiter l’œuvre de Jean Leloup implique de sortir des cadres établis, d’expérimenter et de questionner les façons habituelles de créer. Cette démarche fait écho à la philosophie de l’écoconception : plutôt que de considérer les contraintes liées aux ressources comme des limites, il s’agit de les transformer en occasions de création et d’innovation. Dès les premières étapes du projet, Écoscéno a accompagné Margot Lallemand, gestionnaire du programme Développement durable (ESG) au Cirque du Soleil, ainsi que les membres de l’équipe de création afin d’identifier des stratégies permettant d’intégrer davantage de circularité dans les décors, les accessoires et les costumes.
« Dès qu’on était capable, ça a été d’identifier des opportunités de réemploi, de travailler avec de la seconde main, de récupérer de la matière dans nos inventaires du Cirque du Soleil et de collaborer avec des entreprises locales à partir de matières plus écoresponsables ou recyclées », explique Margot Lallemand, dans une entrevue accordée à L’Hebdo Journal1.
Cette approche a amené les équipes à changer de regard sur les matières. Derrière la majorité des costumes, des accessoires ou des éléments de décor se cache une ressource qui a déjà une histoire… et qui pourra continuer à en écrire une autre après le spectacle. Une réflexion qui a ouvert de nouvelles possibilités créatives, tout en faisant de la circularité un véritable levier de conception.
Transformer les textiles en éléments de décor



Photos de gauche et de droite © Texelan. Photo du milieu, Radio-Canada © Perrine Bullant.
La collaboration avec la jeune pousse québécoise Texélan a permis d’utiliser plus de 200 kg de textiles — provenant principalement d’anciens costumes du Cirque du Soleil — pour les transformer en panneaux de finition intégrés au décor.
Bien que la mise en œuvre de cette solution ait comporté plusieurs ajustements par rapport à ce qui était prévu, l’équipe de production de Paradis Perdus a su s’adapter en cours de montage afin de répondre aux exigences de sécurité et limiter les délais et surcoûts occasionnés.
Cette expérience rappelle que l’écoconception est aussi une démarche d’expérimentation et d’adaptation : les nouvelles solutions ne fonctionnent pas toujours du premier coup, mais l’important c’est d’oser les mettre à l’essai et d’en tirer des apprentissages.
Réinventer une voiture pour favoriser sa réutilisation


Photo de gauche, Théâtre Jean-Duceppe © Danny Taillon. Photo de droite, Cirque du Soleil © Marie-Andrée Lemire.
Qu’il s’agisse d’éléments de décor, d’accessoires ou de costumes, la même logique guide la démarche d’écoconception : prolonger la vie des ressources tout en répondant aux besoins de la création.
La voiture de police qui apparaît dans Paradis Perdus n’en est pas à sa première vie. Après avoir été récupérée à la fin de sa carrière comme véhicule, elle avait déjà été adaptée pour Rue Duplessis du Théâtre Jean-Duceppe — une autre production accompagnée par Écoscéno dans sa démarche d’écoconception2 — avant d’être transformée par l’accessoiriste du Cirque du Soleil, Alain Jenkins, pour intégrer l’univers du spectacle hommage à Jean Leloup.
Pensée pour poursuivre son parcours au-delà de Paradis Perdus, cette nouvelle transformation privilégie des bandes de vinyle et des accessoires de police amovibles plutôt que de peindre directement la carrosserie. Ce choix permet de retirer facilement les éléments propres à l’univers policier une fois les représentations terminées, afin que la voiture retrouve son apparence d’origine et puisse être réutilisée dans de futurs projets.
Donner une nouvelle vie aux costumes



Photo de gauche, Philippe Massé, concepteur des costumes © Émile Héroux. Photo du milieu, Atelier de costumes des Grands Ballets Canadiens © Écoscéno. Photo de droite, Amélie Charbonneau – Assistante costume au Cirque du Soleil © Écoscéno
Cette même logique d’écoconception s’est également appliquée aux costumes. Les équipes ont privilégié la réutilisation de costumes provenant des inventaires du Cirque du Soleil et collaboré avec Les Grands Ballets Canadiens afin d’intégrer d’autres costumes issus du réemploi à la production.
Plutôt que de créer systématiquement à partir de matières neuves, cette approche valorise les ressources déjà existantes et démontre que le réemploi peut nourrir l’imaginaire artistique tout en réduisant le recours à de nouveaux matériaux.
Des résultats qui témoignent d’une nouvelle manière de créer


Photos Cirque du Soleil © Marie-Andrée Lemire
Ces différentes stratégies ont permis d’obtenir des résultats significatifs. Parmi les 23 700 kg de matériaux analysés composant les décors, les accessoires et les costumes, plus de 96 % s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire. Plus de 70 % des éléments sont issus du réemploi avant d’être transformés et adaptés aux besoins du spectacle3.
Au-delà de ces chiffres, Paradis Perdus démontre qu’une production d’envergure peut intégrer l’écoconception dès les premières étapes de sa conception, en faisant des choix de création un véritable moteur de la transition du milieu culturel.
Cette collaboration montre également que l’écoconception ne consiste pas à créer avec moins, mais à créer autrement : en faisant des ressources existantes, des partenariats locaux et de la circularité de véritables moteurs de création.
Écoscéno remercie chaleureusement les équipes du Cirque du Soleil ainsi que l’ensemble des personnes et organisations ayant contribué à cette démarche. Nous sommes fier·ères d’avoir accompagné ce projet et de contribuer, avec nos partenaires, à faire émerger de nouvelles façons de créer plus durables.
Vous souhaitez intégrer l’écoconception à votre prochain projet culturel ? Notre équipe peut vous accompagner, de l’idée jusqu’à la réalisation. Découvrez notre service d’accompagnement en écoconception ou contactez-nous pour en discuter.
Notes de bas de page :
1. HÉROUX, Émile. Paradis perdus : s’inspirer du génie de Jean Leloup. L’Hebdo Journal, 8 juillet 2026. Lien vers l’article
2. THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE. L’écoresponsabilité au Théâtre Jean-Duceppe. Lien vers la page
3. CIRQUE DU SOLEIL. Paradis Perdus – Programme numérique. Cirque du Soleil, 2026. Lien vers le programme
Photo en une, Cirque du Soleil © Marie-Andrée Lemire
Écoscéno remercie le Fonds Écoleader pour son soutien. Créé par le gouvernement du Québec en 2018, il est coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable qui bénéficie du soutien de Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC) afin d’assurer sa mise en œuvre.