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Actualités

Redonner du sens au théâtre

© Yanick Macdonald

Vous êtes vous déjà demandés ce que vous faites là et pourquoi vous faites ce que vous faites? Moi, un peu trop souvent… J’ai passé la majeure partie de mes études à me le demander et à chercher ma motivation profonde.

En grandissant, j’avais un penchant incontestable pour les arts: j’ai voulu être peintre, écrivaine, pianiste, philosophe et j’en passe. Je me suis donc inscrite en arts visuels au Cégep, car il était évident pour moi que je ne pouvais faire que ça. Mais j’ai fini par m’ennuyer. Il me manquait une intention. Faire de l’art juste pour faire de l’art ne me satisfaisait pas. J’avais besoin d’un plus grand but. 

À l’université, je me suis tournée vers la scénographie où je me suis spécialisée en costumes. Je me disais que ma créativité servirait à quelque chose de plus grand: une œuvre collaborative, une histoire en plusieurs dimensions. Concevoir pour une pièce de théâtre me donnait une raison de créer et me passionnait. J’avais maintenant un but.

Pendant cette même période, je suis aussi devenue de plus en plus éco-consciente. J’ai commencé à acheter en vrac, à prendre mon vélo même pour aller travailler à 15km de chez moi, à aller dans les friperies et à poser pleins de petits gestes au quotidien. J’ai fini par me demander quel était l’impact écologique des vêtements. Je me doutais que ce n’était pas joli joli, mais je me suis quand même pris une belle grande claque quand j’ai appris à quel point… L’industrie de la mode est « juste » la deuxième plus polluante au monde.

Et j’ai tout remis en question. Je me suis demandée comment j’allais bien pouvoir créer des costumes alors que je ne voulais même plus acheter un seul vêtement pour moi-même. Je trouvais ça d’autant plus absurde que tout ce qu’on crée au théâtre est utilisé pour quelques semaines et jeté ou entreposé ensuite. J’ai eu l’impression que tout ce que je faisais n’avait plus de sens.

Pour et par l’art

Puis j’ai repensé à ce qu’une professeure au Cégep nous avait dit pour commencer son cours d’histoire de l’art: « L’art ne sert à rien ». Je me rappelle qu’on avait trouvé ça bizarre de se faire dire ça alors qu’on étudiait tous en arts. La prof avait alors expliqué qu’au sens pratique, l’art n’a pas vraiment de fonctionnalité si on le compare, par exemple,  à l’agriculture qui nourrit ou à la médecine qui guérit. 

Mais c’est bien ce qui rend l’art unique. L’art émeut et touche les gens. Grâce à ça, l’art a toujours eu une importante fonction sociale. Les artistes se révoltent, questionnent, contredisent, remettent en question. Ils ont toujours su dénoncer les inégalités et les problèmes de nos sociétés. C’est pourquoi je pense que, en tant qu’artistes, nous pouvons être les premiers à questionner l’impact environnemental du milieu culturel et artistique. Et c’est là que j’ai retrouvé mon but: redonner du sens à l’art.

Je me suis donc renseignée le plus possible sur l’écoconception. Je suis allée à des conférences sur l’écoconception, j’ai fait un stage avec Écoscéno et j’ai essayé de rendre mes productions universitaires les plus écologiques possibles. À la Quadriennale de scénographie de Prague 2019, j’ai fait un travail de recherche universitaire sur les textures textiles écoresponsables et j’ai écouté tous les One O’clock Talk de l’exposition du Québec. Je me suis rendue compte que je n’étais pas du tout la seule à m’intéresser au sujet et j’ai imaginé mille et une façons de permettre aux conceptrices et concepteurs de costumes d’être plus écoresponsables. 

Inspiration

Dans une entrevue par Tanja Beer, Marie-Renée Bourget Harvey dit cette phrase qui m’inspire beaucoup: «  L’écoscénographie est un processus de création qui ajoute du sens à notre voix artistique. Il faut prendre le temps de penser à notre communauté et d’injecter du sens dans nos décisions. »

Elle l’avait magnifiquement démontré avec la pièce Les Enfants chez Duceppe. La pièce raconte le sacrifice d’une génération retraitée pour protéger une génération future à la suite d’une catastrophe nucléaire. Dans notre réalité de crise climatique, l’écoconception soutenait puissamment l’intention de la pièce en rendant les propos d’autant plus pertinents. 

Les enfants, Théâtre Jean-Duceppe, 2020. Photo: Pierre Desjardins

Nouvelle mission

Pour moi, la créativité provient d’une envie sincère et authentique de beauté et d’émotions. Je trouve cela tellement insensé et triste de se dire qu’une œuvre qui, à la base, a une si belle intention, ne fera au final que contribuer à la pollution. L’écoconception me permet de retrouver un sens à ce que je fais et je souhaite pouvoir aider les artistes qui, comme moi, veulent redonner du sens à leur art. 

Je travaille donc avec Écoscéno depuis janvier 2021. Je suis une artiste passionnée d’écoconception et mon but est d’apporter du soutien et des conseils aux designers. J’ai le temps et la motivation de faire les recherches qu’on a jamais trop le temps de faire quand on est dans le feu de l’action. Je pourrai donc vous épauler pour trouver des alternatives qui sont parfois dures à voir. Si on s’unit pour changer le système dans son ensemble, on sera peut-être capable de changer notre façon de faire de l’art! 

Repensons notre façon de créer et de construire. Repensons notre système et nos étapes de production. Repensons le théâtre. Et redonnons du sens à notre art!

Julie Fournier

Julie Fournier

Julie Fournier est diplômée de l’Université Concordia depuis 2020. Elle a étudié en scénographie où elle s’est spécialisée en conception de costumes et s’est intéressée particulièrement à l’écoconception. Chargée de projet Costume & Textile à Écoscéno depuis janvier 2021, elle travaille à créer des ressources pour la confection de costumes écoresponsables dans le milieu des arts vivants.